témoignage parrain

A LA DECOUVERTE DES MINORITES CHINOISES ET DU BENEVOLAT

Découvrez, au travers du témoignage de Christian, comment il a découvert une nouvelle passion pour les ethnies des minorités chinoises et comment cela l’a amené à devenir parrain pour Couleurs de Chine.

Mon expérience dans le domaine du bénévolat scolaire débute en 2003. Je suis sensibilisé à l’époque par une collègue de travail qui parraine l’éducation d’une jeune tisserande, par l’intermédiaire de l’association Tibet Libre, renommée par la suite SolHimal. Souhaitant également venir en aide à une tisserande, il m’est affecté… un jeune moine tibétain vivant en exil à Katmandou.

C’est à la fin de cette même année 2003 que je découvre un livre de photo consacré aux ethnies minoritaires chinoises. C’est une sorte de coup de foudre, si bien que je programme immédiatement un voyage pour 2004 dans le Sud-Ouest chinois, plus précisément au Yunnan et au Guizhou. En medocumentant, je lis le remarquable ouvrage de Françoise Grenot-Wang, « Chine du Sud – La mosaïque des minorités ». C’est ainsi que j’ai vent de Couleurs de Chine, Françoise Grenot-Wang en étant la fondatrice. Ce premier contact avec le sol chinois est organisé avec le voyagiste français Tamera et leguide chinois local, Fu Yangze, francophone parfait, devient vite un ami. Je lui promets alors de revenir en Chine tous les trois ans, afin de parfaire la rencontre avec la diversité ethnique. Tous les trois ans, car il me faut bien conserver quelques années pour les autres pays. Je retourne donc en Chine en 2007, 2010 et 2013, changeant de région à cette dernière occasion pour explorer le Sichuan. Ces voyages sont alors organisés en free-lance, directement avec Yangze.

En 2013, après dix années de parrainage avec SolHimal, je décide de réorienter mes aides vers ma passion pour les ethnies chinoises. C’est donc tout naturellement que je m’adresse à Couleurs de Chine pour financer la scolarité d’une petite Miao de la région de Danian. Ainsi, Yang Jinying entre dans ma vie, alors âgée de sept ans. Je fais alors la promesse de passer la voir lors de mon prochain voyage en Chine.

Le nouveau voyage est programmé pour novembre 2017 ; il est principalement axé sur la richesse des divers costumes des Yao. Il est bien entendu piloté par Yangze. Mon ami Jean-François Bouchet est du voyage, lui-même parrain de Liang Xiaorong, âgée de dix-huit ans. Nous avons donc deux visites à effectuer et Yangze s’occupe des relations avec l’implantation locale de Couleurs de Chine. Les rencontres sont programmées vers la fin du voyage. Après avoir revu Guilin et la rivière Li, sous unfranc soleil cette fois, après avoir testé le flambant neuf TGV chinois, après le fabuleux marché dominical de Jinping au Yunnan – Yao à Bonnet rouge, Hani et Miao -, après celui de Lingyun – Yao Indigo et Zhuang -, après avoir erré parmi les lancinantes brumes du Guangxi sans apercevoir Mulao et Maonan, après un spectacle à touristes pour les cinq costumes Yao de Jinxiu, après une brève incursion au Guangdong pour les Pai Yao et un insolite concours de broderies, nous revoici à Guilin.

C’est le moment de rencontrer la filleule de Jean-François. La soirée est frileuse sur la place centrale de la ville et le rendez-vous se fait attendre, un peu. Puis, trois jeunes femmes viennent à notre rencontre, Xiaorong et deux de ses amies lycéennes. Un restaurant clinquant ravivera notre chaleur humaine et sera l’occasion d’échanger sur nos vies relatives. Nous apprendrons que le grand rêve de Xiaorong serait de devenir chanteuse. Nous terminons la soirée ensemble par la découverte du quartier historique rénové : nos nouvelles amies nous invitent à une partie de basket le lendemain matin au lycée. C’est lesté du petit-déjeuner que je me présente et la lourdeur de mes cinquante-sept ans m’essouffle rapidement ; les filles et leurs amis, eux, virevoltent…

La route reprend vers Zhaoxing et les contrées Dong, avant de prendre la direction de Danian. Yangze a réservé un hôtel modeste, mais nous nous restaurons chez Pays Miao, organisme également fondé par Françoise Grenot-Wang. Nous avons l’occasion de connaître Stéphanie Debue, la correspondante actuelle de Couleurs de Chine à Danian. La visite à ma filleule est prévue pour le lendemain. Avant le départ pour Linlang, le village de Jinying, nous sommes reçus dans les locaux de Couleurs de Chine : c’est l’occasion de rencontrer l’équipe chinoise. « Maxime » Liang est patron de Pays Miao et, pour un Chinois, a stature de géant ; il va nous conduire à Linlang. Il nous faut plus d’une heure de brume et de pluie pour accrocher tous les lacets de la montagne et joindre le village. Voici l’école et ses enfants endiablés. Notre venue perturbe quelque peu les cours et tout le monde veut être sur les photos. Les garçons sont espiègles et chahuteurs, les filles souriantes. Je plaisante avec tout ce joli monde, avec amitié et émotion. Dans l’intervalle, Maxime et Yangze sont partis à la recherche de Jinying. Rapidement, ils l’ont trouvée, dans une salle voisine. Par rapport à la photo que j’ai d’elle à sept ans, elle a bien grandi, aujourd’hui âgée de onze ans. L’école est peu chauffée, ce qui l’oblige à suivre les cours avec son manteau. Je frissonne pour elle lorsque je m’aperçois qu’elle porte des sandales aux pieds ! Je dois bien avouer que nous n’échangeons que quelques banalités, avec traducteur, un peu émus tous les deux ; je lui fait toutefois part de mon honneur d’être aujourd’hui à ses côtés et de l’importance de poursuivre le soutien que je lui offre. Nous sommes ensuite à nouveau happés dans le flot des enfants enthousiastes. Arrive la pause déjeuner et nous sommes conviés à la table des instituteurs, avec Monsieur Ye, le directeur. Tout le monde pioche dans la grosse fondue centrale. La pause n’est pas terminée et un instituteur nous conduit chez Jinying.

Jinying est ce qu’on appelle une « enfant oubliée », à savoir que ses parents sont partis travailler à la ville et ne reviennent pas souvent au village. C’est fréquent et c’est sa grand-mère qui l’héberge. La vénérable dame nous reçoit dans la grande pièce de sa maison en bois, le foyer au centre. L’ambiance est sombre et le feu colore joliment nos visages. La grand-mère a mis à cuire des patates douces et il nous faut manger à nouveau ; mais ces patates sont les plus parfumées que j’ai jamais mangées. Sur le balcon au paysage brumeux, Jinying a passé son costume traditionnel : il est à dominante verte, ce qui est assez rare pour un costume Miao ; sa coiffe est une belle tiare d’argent. Le cercle aux minuscules tabourets s’est de nouveau formé autour du feu ; Jinying, sa sœur et ses amies entonnent les chants de leur enfance. Puis, l’heure studieuse de l’après-midi rappelle les filles à l’école et nous les accompagnons pour un ultime au revoir aux écoliers. Plus tard, je m’apercevrai que j’ai oublié de conseiller à Jinying d’essayer de vivre ses rêves.

Françoise Grenot-Wang est appelée Fang-Fang en Chine. C’est une personne que j’aurais vraiment aimé connaître ; elle est malheureusement décédée fin 2008 dans l’incendie de sa maison de bois. Je demande donc, de retour à Danian, à Maxime de nous emmener nous recueillir un instant devant la stèle de sa tombe. À la suite, nous reprenons la route pour Chengyang et son remarquable pont du Vent et de la Pluie, ouvrage Dong. Il nous reste encore à visiter les Yao Rouges de la région de Longsheng et les magnifiques rizières montagneuses de Longji ; La brume enfin se lève et les miroirs du ciel nous enchantent…

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