minute culturelle

LA MINORITÉ ET L’ART DE LA BRODERIE

Comme chaque mois, voici notre minute culturelle où nous vous ferons découvrir et aimer la vie des minorités Miao Dong et Yao. 
Ce mois-ci, nous mettons à l’honneur les broderies qu’ils réalisent.

La broderie est certainement un des éléments essentiels de la culture des minorités du sud de la Chine. En effet c’est grâce aux ornements des tissus que ces communautés se distinguent les unes des autres, mais aussi entre elles. Les ornements des textiles sont aussi un atout de séduction au sein des différentes minorités, un signe d’élégance et de fierté. Chaque minorité a su développer sa méthode d’ornement indépendamment l’une de l’autre.
Découvrez les broderies et les techniques utilisées par les Dong, les Miao et les Yao ainsi que les changements techniques qui s’opèrent avec les progrès techniques.

Les Dong

Chez les Dong on retrouve la méthode de broderie sur tissu simple à l’aide d’une aiguille et de fil de laine ou coton (un peu comme le canevas occidental, mais sans motif dessiné préalablement). Ce tissu sert à orner les sacoches portées traditionnellement par les femmes Dong et à orner le col des vestes et des manches.
Les motifs sont toujours géométriques mais représentent parfois des animaux ou des parcelles de rizières. La tradition perdure mais les significations se perdent dans le temps et il est très difficile d’en connaître les origines.
On trouve également des motifs un peu plus naïfs pouvant représenter des scènes de la vie quotidienne ou plus simplement les animaux de compagnie. Parfois des motifs rappelant la symbolique des origines tel que le papillon, le sphynx, des fleurs…
Il existe également le tissage (sans métier à tisser) de bandes très fines servant de lanières pour la sacoche traditionnelle portée en bandoulière. Les motifs sont toujours géométriques.

Les Miao

De nos jours, chez les Miao, la broderie diffère totalement de celle rencontrée chez les Dong aussi bien par ses motifs que par ses méthodes. Il semble que les motifs aient quelque peu évolué récemment car on retrouve beaucoup de métiers à tisser abandonnés dans les maisons, métiers avec lesquels on tissait des motifs géométriques, motifs portés sur les vieilles tenues ou par les personnes d’un certain âge et ressemblant à ceux portés par les Dong.
Aujourd’hui les tissus sont beaucoup plus colorés, fleuris, correspondant mieux à une population jeune, mais avec le désir de préserver la tradition ainsi que de la faire évoluer. On peut retrouver des clins d’œil à la société de consommation tels qu’« iPhone » brodé sur une manche.
La méthode traditionnelle de broderie des motifs Miao est celle du papier découpé. Le papier utilisé était à l’origine celui fabriqué par les minorités Yao, qui utilisent des écorces et de la paille de riz afin de former une mélasse gluante qu’ils étalent sur une trémie fine avant de la laisser sécher au soleil. Ce papier servait également à fabriquer des ombrelles.
De nos jours, on récupère du papier cartonné (papier de cartouches de cigarettes type « bristol ») sur lequel on trace le motif souhaité (animal, fleur, forme géométrique, sinogramme…), motif que l’on va découper finement et coller sur un bout de tissu coloré. Quelques rares découpeuses exercent ce travail minutieux et souvent ne brodent pas elles-mêmes, elles découpent des motifs à la demande des brodeuses et créent de nouveaux motifs qu’elles vendent dans leurs boutiques. Elles photographient également les motifs collés, les photos sont vendues comme « patrons » afin d’être découpés, ce qui est bien meilleur marché que les motifs collés.
Ce travail de découpage est aux dires des brodeuses la partie la plus complexe du travail de broderie, c’est aussi pour cela que les « patrons » sont onéreux.
Les chutes de tissus industriels sont récupérées et vendues par petits bouts afin d’être effilochées et obtenir ainsi des fils très fins qui serviront à la broderie proprement dite. On croise souvent en ville des dames, un bout de tissu à la main, qui viennent chercher des chutes de même teinte afin d’en extraire les fils.
Le papier collé sur le tissu va être emprisonné par le fil de couleur, créer ainsi un certain relief et donner également une rigidité au motif.
Certaines pièces brodées peuvent nécessiter jusqu’à une année pour être confectionnées, ce sont de grandes pièces complexes, faites de plusieurs couches de papier découpé dont les motifs se superposent (porte-bébés). Des concours de broderie sont organisés (surtout au Guizhou) auxquels participent également des brodeuses de Danian.

Les Yao

La minorité Yao étant peu représentée dans les environs de Danian, il est plus difficile d’observer les broderies caractéristiques de cette minorité.
Cependant on peut encore voir un vieux métier à tisser actionné par une dame âgée de 97 ans dans le village Yao de Qiuka !!!
Les changements techniques qui s’opèrent avec les progrès techniques.

La broderie autrefois traditionnelle a tendance à être remplacée par de la broderie semi-industrielle, produisant des motifs sur des bandes, que les couturières achètent par lots. Elles découpent ces bandes avant de les coudre sur les vêtements. Les machines, pilotées par informatique, nécessitent la venue d’un expert en programmation afin de reproduire en langage numérique les motifs créés par les brodeuses ou couturières. C’est la partie la plus complexe et la plus chère du processus, c’est bien pourquoi une fois la programmation effectuée, il faut produire de nombreux motifs identiques pour amortir cette étape.
Ces ateliers de proximité restent des entreprises familiales et artisanales.
Dans la région, la broderie qui, lorsqu’on se promène dans les rues et villages, semble avoir disparu est un artisanat cultivé dans l’ombre. Il se pratique occasionnellement au foyer ou au fond de la boutique pour une production personnelle ou comme passe-temps.

Le vêtement n’est plus entièrement décoré de bandes brodées à la main : les brodeuses ne confectionnent souvent que le plastron du débardeur ou seulement quelques bandes, le reste des broderies étant acheté en boutique et issu des ateliers numériques.